PARTICIPATION DE L’ARAM À LA CONFERENCE INTERNATIONALE ORGANISÉE PAR L’ASSOCIATION HUMAN DIGNITY

Thème « SAVOIRS ENDOGENES, HUMANITE ET DOCTRINES CONTEMPORAINES ».

Yaoundé, le 27 juin 2024.

Dans l´ Afrique d´hier, les humains vivaient en communion avec la nature et trouvaient des solutions à leurs problèmes dans leur authenticité. Ainsi, pour réguler la vie et maintenir l´équilibre dans tous les domaines, les ancêtres avaient mis en place un code de lois traditionnels considérés comme le socle de l´existence pour garantir l’accessibilité aux ressources tant matérielles qu´ immatérielles. Or, le respect de ce code de bonne conduite donnait droit à : la santé, les récoltes abondantes, la sécurité, la paix, en un mot, l’harmonie, l’équilibre, bref le bien-être et l´épanouissement de tous dans la communauté.

Cela est resté encré dans la vie quotidienne de génération en génération jusqu´à l´intrusion de l´ Occident en Afrique avec leur religion révélée et leur « civilisation », ainsi que les effets pervers de la colonisation ajouté à cela aujourd’hui la modernité et la mondialisation, qui ont favorisé le déclin des savoirs endogènes encore appelés savoirs traditionnels, savoirs locaux (GEERTZ, 1986), savoirs endogènes (Paulin HOUNTONDJI, 1994) ou savoirs autochtones (BARROU & CROSSMAN, 2001). Ces différentes appellations témoignent de l´intérêt à trouver une définition pouvant satisfaire les détenteurs de ces savoirs et les scientifiques entre autres. Ainsi, on appelle savoir endogène, « une connaissance vécue par la société comme partie intégrante de son héritage ». Dans le même ordre d’idées, le philosophe Camerounais Paulin HOUNTONDJI (1994) définissait les savoirs endogènes comme les « savoirs ancestraux sur les plantes, les animaux, la santé et la maladie, les techniques agricoles et artisanales anciennes ».

  L´UNESCO (1972, 2003, 2005) à travers son programme « Systèmes de savoirs locaux et autochtones » insiste sur la dimension immatérielle et matérielle des connaissances endogènes en les considérant comme des « pratiques, représentations, expressions, connaissances et savoir-faire ainsi que des instruments, objets, artefacts et espaces culturels » que les communautés, les groupes et les individus reconnaissent comme faisant partie de leur patrimoine culturel. Le déséquilibre causé par les faits cités ci-dessus sur les populations africaines a eu comme conséquences ci-après :

  • L´abandon a tort par la jeunesse africaine actuelle de ses savoirs endogènes au profit de la civilisation occidentale. 
  • La marginalisation de ces connaissances endogènes aurait pour départ la traite negrière á en croire M´Bokolo en 1998 ;
  • La perturbation de l´équilibre économique, politique et social ;
  • L´aliénation de jeunes africains aujourd´hui et leur acculturation ;
  • La prolifération des pratiques néfastes et contraires à la culture africaine qui tendent à animaliser l´être humain ;
  • L´avènement de nombreuses maladies y compris celles dites incurables ;  

Cette situation a contribué à éroder davantage la vie des Africains dans tous les domaines y compris le volet santé. C’est la raison pour laquelle l´Association pour la Recherche en Anthropologie de Médecine Traditionnelle (ARAM) s’est donnée pour mission primordiale depuis 2011, la promotion et la protection des savoirs endogènes aussi bien immatérielles que matérielles en vue d’une amélioration de la santé et des conditions de vie des populations, la protection et la préservation de l’environnement à travers le reboisement et la régénération forestière à la fois au Cameroun et à l’international, notamment aux Etats-Unis où cette association à caractère humanitaire est installée. Les multiples actions de sensibilisation et de conscientisation de l´ARAM sur le terrain pour protéger le patrimoine culturel immatériel et matériel tout en protégeant et sauvant des vies, ont convaincu l´association HUMAN DIGNITY à travailler main dans la main avec elle, afin que comme le dit son slogan, « Que l’humain l’emporte :».

Les premiers fruits de leurs travaux HUMAN DIGNITY et l’ARAM ont consisté à faire des dons au Centre Médical d´Arrondissement d´Etoa, en date du 15 mars 2024 et à la prison centrale de Yaoundé, le 30 mars 2024 au Cameroun.

L’apothéose de la collaboration HUMAN DIGNITY- ARAM a été la conférence internationale tenue le 27 juin 2024 à la Fondation Solomon TANDENG MUNA avec l’accompagnement du Ministère des Arts et de la Culture (MINAC).

Cette rencontre a connu la participation de 100 personnes aux profils divers : Professeurs des universités et grandes écoles, journalistes, chercheurs, tradithérapeutes, cadres d’administration, pasteurs, médecins, ingénieurs, enseignants, responsables de structures de la société civile, médias, membres des associations, artistes, commerçants, étudiants, jeunes et autres.

OBJECTIFS

  • Apporter un soutien, une assistance sociale, une aide humanitaire par la réalisation des actions de solidarité et de bienfaisance auprès des populations vulnérables ;
  • Susciter la prise de conscience des populations pour la valorisation des savoirs endogènes ;
  • Contribuer à la valorisation du patrimoine culturel avec la participation de tous les acteurs.

RESULTATS ATTENDUS

  • Le concept de savoirs endogènes et l’état des lieux sur le patrimoine culturel sont partagés ;
  • Le regard porté sur la santé par les méthodes traditionnelles est amélioré ;
  • Des stratégies de préservation et de promotion des valeurs traditionnelles notamment sanitaires et culinaires entres autres sont vulgarisées.

CIBLES

  • Décideurs Etatiques ;
  • Organisations internationales ;
  • Les Organisations de la Société Civile ;
  • Chercheurs ;
  • Universitaires
  • Tradipraticiens ‘
  • Membres des communautés à la base

STRATEGIES

  1. Ouverture de la conférence internationale ;
  2. Présentation des différents exposés ;
  3. Jeu de questions réponses après toutes les deux présentations ;
  4. Recommandations.

SOUS-THEMES :

  1. Patrimoine culturel, valeurs et mise en perspective au Cameroun ;
  2. Combler les écarts pour les marginalisés/ déshérités au Cameroun : une approche centrée sur les communautés en matière de santé ;
  3. Industrialisation des cultures et des créativités endogènes au service d´un développement local durable ;
  4. Savoirs endogènes, face á la disparition des méthodes médicinales et culinaires ;
  5. Accès aux soins de santé pour tous et promotion du bien-être par la promotion de la santé.

PHASE I

PREPARATOIRE A LA CONFERENCE INTERNATIONALE

En prélude à cette conférence internationale, plusieurs activités ont été réalisées notamment :

  • Choix du thème et élaboration des termes de référence ;
  • Sélection des potentiels panélistes ;
  • Planification financière et budgétisation des prévisions ;
  • Réservation du lieu de la tenue de cette conférence internationale ;
  • Recherche de l’Autorisation de Manifestation Publique ;
  • Mise sur pied du plan de couverture médiatique ;
  • Tenue des séances de travail avec le service technique du MINAC ; ainsi qu’avec les panélistes et le modérateur ;
  • Conception et ventilation des invitations ;
  • Elaboration du programme de ladite conférence internationale.

DEROULEMENT PROPREMENT DIT DE LA CONFERENCE INTERNATIONALE

Plusieurs points saillants ont meublé cette journée du 27 juin 2024 marquant l’apothéose des activités notamment : la cérémonie solennelle d’ouverture des travaux, la conférence proprement dite, le cocktail…

  1. La cérémonie officielle d’ouverture des travaux : Organisée dans les locaux de la Fondation Solomon TANDENG MUNA, la cérémonie d’ouverture des travaux a débuté avec l’accueil et l’installation des invités conviés à cet évènement et animée par le journaliste de la CRTV, Fritz BAYAMACK. L’exécution de l’hymne national à la suite de l’arrivée de monsieur ABANDA MAYE Armand, Conseiller Technique N°1 au Ministère des Arts et de la Culture (MINAC), Représentant du Ministre des Arts et de la Culture, a permis de planter le décor de la cérémonie.
  2. Pour marquer le caractère officiel de l’évènement, la lecture du récépissé de déclaration de manifestation publique a cédé ainsi la place au bal des discours.

MOT DE BIENVENUE DE LA PRESIDENTE DE HUMAN DIGNITY

Dans son mot de bienvenue, la Présidente de l’association HUMAN DIGNITY, madame TCHONANG NZIEMI D´Ortance  Téclair s’est exprimée ainsi : 

Au nom de l’association HUMAN DIGNITY, je vous souhaite la bienvenue á cette conférence internationale. Les associations ARAM et HUMAN DIGNITY sont honorées de vous accueillir pour explorer ensemble le thème général de cette rencontre : « Savoirs endogènes, humanité et doctrines contemporaines » ».

Aussi, a-t-elle soulignée que la santé, comme tout le monde le sait, est un droit fondamental pour chaque être humain. Or, de nombreuses communautés marginalisées et déshéritées n´ont pas facilement accès aux soins de santé de qualité pour plusieurs raisons á l´instar des insuffisances des infrastructures, des ressources humaines et financières limitées entre autres.

Elle a poursuivi son propos en interpellant l´assistance au sujet des stratégies á développer pour placer l´être humain au centre de toutes les préoccupations. Elle a en outre encouragé une collaboration étroite entre les experts de santé, les tradithérapeutes et les membres des communautés, afin de concevoir des programmes de santé qui répondent mieux aux attentes spécifiques des populations, tout en respectant les us et coutumes. Par la même occasion, au lieu d’attendre passivement que les pouvoirs publics réagissent, elle a brossé quelques pistes de solutions afin de réduire les écarts entre les riches et les marginalisés. D´après elle, les populations du Sud peuvent s´en sortir :

« En intégrant les savoirs endogènes, en adoptant une approche centrée sur les communautés, et en créant des mécanismes de financement, nous pouvons créer un système de santé plus équitable et plus résilient, capable de répondre aux besoins de tous, en particulier des plus marginalisés, tout en limitant notre dépendance aux budgets des pouvoirs publics ».

Mme TCHONANG NZIEMI D´Ortance Téclair a clos sa prise de parole en remerciant 1000 fois son partenaire de terrain l´ARAM, pour son étroite collaboration et son efficacité, tout en conviant l’assistance á participer activement aux discussions et échanges qui se veulent interactifs, en vue des soins de santé de qualité pour tous et pour chacun.

DISCOURS DU REPRESENTANT DU MINAC

Dans son discours marquant l’ouverture des travaux, Monsieur ABANDA MAYE Armand, Conseiller Technique N°1 au Ministère des Arts et de la Culture (MINAC), Représentant du Ministre des Arts et de la Culture a tout d’abord exprimé ses déférents remerciements et sa profonde gratitude à Monsieur le Ministre des Arts et de la Culture qui a bien voulu le désigner pour le représenter á la cérémonie d’ouverture de cette conférence internationale. Il a par la même occasion salué l’initiative de la responsable de l´association HUMAN DIGNITY pour l’organisation de la tenue de cette conférence internationale.

Tout en rappelant la définition des savoirs endogènes selon les chercheurs et écrivains, Monsieur ABANDA MAYE Armand a montré les efforts endogènes de l’Afrique en général et du Cameroun en particulier dans la lutte pour la vie pendant la récente pandémie à COVID 19. Par la même occasion, le Représentant du Ministre des Arts et de la Culture a ressorti les conditions á remplir en vue de la reconnaissance, la sauvegarde et la valorisation des savoirs endogènes, clamées par ce Haut Commis de l’Etat. C’est donc à juste titre qu’il affirme :

Pour y parvenir, nous devons repenser fondamentalement la pratique de la culture en Afrique, changer de paradigme, concevoir un curriculum mieux ancré aux réalités locales, et être plus sensible aux besoins locaux dans la sauvegarde de notre patrimoine culturel immatériel.

Il est temps que soit changé la perception que ce monde globalisé a de l´Afrique et des Africains ».

Il a poursuivi en souhaitant que cette conférence internationale contribue á approfondir une meilleure adéquation entre les savoirs endogènes et le développement de l´Afrique, surtout en ce moment où la pauvreté tend á compromettre l´accès aux installations sanitaires améliorées. Cela signifie en d’autres termes que cette conférence pourrait contribuer à améliorer la jouissance du droit á la santé.  Ce Haut commis de l’État a tenu à préciser que le MINAC à travers ses programmes techniques fondamentaux, est tourné depuis des années vers « la protection, la préservation et la promotion des savoirs endogènes en lien avec les administrations partenaires et les associations qui travaillent dans ce secteur ». 

C’est la raison pour laquelle, ensemble, nous devons tous œuvrer pour sauvegarder et utiliser ces savoirs endogènes « …comme une ressource pour le développement » ; cela passe aussi par une professionnalisation auto régulée des corps de métier de notre riche patrimoine culturel. Il a clos son propos en déclarant ouvert cette conférence internationale sous le thème : « Savoirs endogènes, humanité et doctrines contemporaines ». Pour graver cette journée mémorable dans les archives de l´HUMAN DIGNITY, Monsieur ABANDA MAYE Armand, Conseiller Technique N°1 au Ministère des Arts et de la Culture (MINAC), Représentant du Ministre des Arts et de la Culture, a signé le Livre d´Or de cette association.

Cette étape protocolaire prend fin avec le retrait de ce dernier et sa suite pour la pause-café, avant la conférence proprement dite.

La conférence internationale proprement dite

Au total, six exposés étaient prévus au cours de cette conférence internationale. Il s´agit de :

  • MINAC : « Patrimoine culturel, valeurs et mise en perspective au Cameroun » ;
  • MINSANTE : « Accès aux soins de santé pour tous et promotion du bien-être par la promotion de la santé » ;
  • HUMAN DIGNITY : « Combler les écarts pour les marginalisés/ déshérités au Cameroun : une approche centrée sur les communautés en matière de santé » ;
  • UNESCO : « Potentiel partenariat entre le Système des Nations-Unies et les Organisations de la Société Civile pour la préservation du patrimoine culturel immatériel et matériel » ;
  • BRUKMER : « Industrialisation des cultures et des créativités endogènes au service du développement local durable » ;
  • ARAM : « Savoirs endogènes, face à la disparition des méthodes médicinales et culinaires ».

Au finish, quatre exposés ont été présentés par des panélistes et ont fait l’objet de nombreux échange au cours de cette conférence comme suit :

Exposé N°1 : « Patrimoine culturel, valeurs et mise en perspective au Cameroun », par Dr Serge NOUKEU (MINAC) ; 

Selon le Dr Serge NOUKEU, le patrimoine culturel découle de notre héritage. En effet, la loi du Cameroun définit les savoirs endogènes comme l´ensemble des biens culturels immatériels et matériels ayant une valeur patrimoniale. Aussi, est-il revenu sur la définition de savoir endogène selon l´UNESCO. C´est à juste titre qu’il a précisé que les définitions de l´ UNESCO  se font sous la base consensuelle a travers des domaines d’expression du patrimoine culturel.

L´art africain joue un rôle essentiel dans la culture et le patrimoine de sa région d’origine. Il est aussi un potentiel qui inspire et influence dans une certaine mesure le monde actuel. Le patrimoine culturel découle de l´héritage de chaque peuple. En effet, selon Dr Serge NOUKEU, la loi du Cameroun définit les savoirs endogènes comme l´ensemble des biens culturels immatériels et matériels ayant une valeur patrimoniale. Aussi, est-il revenu sur la définition de savoir endogène selon l´UNESCO. C´est à juste titre qu’il a précisé que les définitions de l´ UNESCO se font sous la base consensuelle à travers des domaines d’expression du patrimoine culturel.

Comme domaine d’expression du patrimoine culturel matériel, Dr NOUKEU a par exemple cité des monuments, des grottes, qui ont une valeur culturelle. Comme domaine d’expression du patrimoine culturel immatériel, nous avons :

  • Les traditions et les expressions orales comme le chant, le conte, les incantations, la prière, le poème, … ; 
  • les arts du spectacle comme les danses rituelles, le festival ; 
  • les pratiques sociales, rituels et événements festifs, notamment les rites de naissance, les veuvages, la dot ; 
  • les traditions culinaires ; les autres savoir-faire.

Dr NOUKEU a par la même occasion fait allusion à la déclinaison des valeurs patrimoniales qui ont une portée historique et anthropologique. Tel est le cas de la terre cuite Sao et les pierres Akwanshi qui sont des valeurs á partir desquelles on peut reconstituer l´histoire d’un peuple ou un évènement historique. 

Autrement dit, un objet a une importance et une signification dans l’histoire ou dans la connaissance d’un évènement historique. 

Il a en outre évoqué le cas d’un objet qui peut avoir une signification et ou un symbolisme dans sa culture d’origine. Dr NOUKEU a aussi précisé qu’un objet peut aussi avoir une valeur technologique, archéologique, voir artistique et esthétique comme la figure du Christ dans l’art européen.

Toutefois, au début du XXème siècle, l’art africain va être influencé et sa valeur spirituelle ou religieuse va attiser des curiosités. Cet art va avoir une incidence positive sur l´image des noirs en Occident, objet de rebut auparavant, l’art africain est devenu l’objet d’un engouement aujourd’hui. 

Le théoricien Allemand Carl Einstein a bien compris la valeur de l’art africain lorsqu’il déclarait en 1930 que : « La culture africaine est aujourd´hui une source intarissable de vestiges et créativité en art ». Actuellement, ´dans l’art traditionnel Bamiléké par exemple, le masque rituel est au service d´une entité ; La statuette est un tremplin pour atteindre un but. La statuette tout comme le masque constitue par exemple des intermédiaires privilégiés entre Dieu et les hommes.

Dr NOUKEU a clos sa présentation en parlant de la valeur socio-politique de l´art africain. Ainsi, tout le monde ne peut par exemple pas s´asseoir sur la chaise du sultan ou du chef chez les Bamiléké. A Bandjoun, les chaises sont classées selon le rang social.

Exposé N°2 : « Combler les écarts pour les marginalisés/ déshérités au Cameroun : une approche centrée sur les communautés en matière de santé », 

par Mme TCHONANG NZIEMI D´Ortance Téclair ;

A l´entame de ses propos, Mme TCHONANG NZIEMI D’Ortance Téclair, par ailleurs présidente de l’association HUMAN DIGNITY a dit que ce sous-thème lui tenait particulièrement à cœur parce que son père orphelin de père et de mère a subi dans sa jeunesse les affres des marginalisés. Aussi a-t-elle réitéré qu´il faut encourager une collaboration étroite entre les populations et les techniciens de santé. Son rôle en tant que citoyenne est : « D´aider l´Etat à nous aider car l´Etat ne peut pas tout faire seul ». C´est dans cette perspective que la présidente de HUMAN DIGNITY en un an a offert des dons respectivement au Centre Médical d´Etoa. le 15 mars 2024 et à la prison centrale de  Yaoundé , le 30 2024.

PREMIERE SERIE DES ECHANGES :

À la suite des deux premiers exposés, il y a eu une série de questions / réponses comme suit :

  • Pourquoi est-ce que notre patrimoine culturel quand il n’est pas ignoré est relégué par les Occidentaux et même les pouvoirs publics au rang des objets exotiques ?
  • Que faire dans un pays où nos pouvoirs publics regardent notre médecine traditionnelle comme un ennemi ?
  • Pourquoi le Ministère des Arts et de la Culture s’intéresse beaucoup à la médecine traditionnelle et non pas le Ministère de la Santé Publique ?
  • HUMAN DIGNITY a-t-elle déjà créé ou mis sur pied un centre de santé ou un hôpital ?
  • Le Ministre de la Santé Publique a sorti un communiqué qui précise qu´il y a COVID qui revient en force sous une autre forme. Qu´est-ce qu´il faut faire pour être à l´abri de la COVID ?

Pour donner suite à la série de questions posées par les participants, quelques éléments de réponses ont été apportés.

  • Concernant la question sur le fait que notre patrimoine soit relégué au rang des connaissances exotiques, Dr Serge NOUKEU croit que la prudence de la part des autorités est due au fait que les produits de la médecine traditionnelle ne sont pas contrôlés, ni règlementés ; pourtant l´homme est un standard. D´où la présence de trop de charlatanisme et d´abus dans ce secteur. C´est ce qui peut expliquer de l´avis du Dr NOUKEU la prudence des pouvoirs publics par rapport à la médecine traditionnelle.
  • S´agissant de la question suivante, selon Dr NOUKEU, le MINAC s´occupe de la préservation et de la sauvegarde du patrimoine culturel et la médecine traditionnelle en fait partie. Il y aura d´ ailleurs bientôt selon lui, une loi qui va réglementer ladite médecine car elle fait partie des savoirs endogènes, qui se sont montrés très efficaces ainsi que notre pharmacopée traditionnelle surtout pendant la lutte contre la COVID-19.
  • En tant que praticien de la médecine traditionnelle, le président de l´ARAM, monsieur KANAA Amos Roger a réagi aux propos du Dr NOUKEU pour qui « l´homme est un standard ».  Pour lui, l´homme n’est pas un standard et il faudrait que les acteurs de la médecine traditionnelle se mettent ensemble pour faire comprendre ce savoir endogène qu´est la médecine traditionnelle.
  • Au sujet de la question relative a la lutte contre la COVID, selon monsieur KANAA Amos Roger, toutes les maladies mutent. Or si un malade se laisse emporter par la peur, il lui sera difficile de guérir. Autrement dit, il ne faut jamais avoir peur car parfois, le malade peut juste avoir besoin de boire beaucoup d´eau.
  • Mme TCHONANG NZIEMI D´Ortance Téclair, a dit que son association HUMAN DIGNITY n ´a qu´un an d’existence au Cameroun et n´a pas encore un hôpital, encore moins un centre de santé.

Exposé N°3 : « Industrialisation des cultures et des créativités endogènes au service du développement local durable » , par Monsieur NEL  TSOPO 

(Association BRUKMER)

Monsieur NEL TSOPO est par ailleurs journaliste et directeur de publication de BRUKMER, un magazine qui fait la promotion des valeurs culturelles africaine en Belgique. Dans son exposé, il s ´est attelé à expliquer comment transformer les ressources culturelles en richesses économiques. Par la même occasion, il a rappelé à l´assistance que l´art et la culture ne pourrissent pas et peuvent donner de l´argent en se formant et en professionnalisant les métiers d’art et de l´artisanat d´art.

Au Burkina-Faso par exemple, la culture génère 80 milliards de francs CFA par an tandis que l´industrie cinématographique a fait du Nigéria la première puissance africaine sur le plan économique. Pareil en Asie ou le village Chinois de Huashu´ao, autrefois difficile d´accès et pauvre dans la province de Henan, est devenu un village prospère et dynamique réputé pour l´art de la céramique. Monsieur NEL TSOPO a clos sa présentation en interpelant l´assistance sur l´intérêt qu´il y a « transformer nos valeurs culturelles en richesses économiques ».

Exposé n 4 : « Savoirs endogènes, face à la disparition des méthodes médicinales et culinaires », par monsieur KANAA Amos Roger 

(Président de l´ARAM)

Ce thème a mis en évidence quatre principaux points majeurs comme suit :

Dans ce premier point sur l´apport des forêts et des médecins traditionnels, le Président de l´ARAM est revenu sur la marginalisation de la médecine traditionnelle et partant des praticiens de ladite médecine à qui on colle tous les préjugés pour la simple raison qu´ils sont des « analphabètes ». Aussi, souligne-t-il que les principaux ennemis de la médecine traditionnels sont : les médecins ; les intellectuels , les membres du clergé et les sciences modernes, pourtant tous, viennent nuitamment se faire consulter et bénéficier des soins de la médecine traditionnelle et ne reconnaissent jamais en public ce q´ils font. Les membres du clergé vont plus loin en disant à leurs fidèles et dans les médias : « Que ceux qui s´y rendent seront frappés par la colère du Saint Lieu ».

Pourtant, cet héritage ancestral est mal connu et même méconnu par ceux qui prétendent la connaitre, en particulier les intellectuels qui, en tant que décideurs ne mettent pas suffisamment en place des mécanismes de pérennisation de ce savoir endogène. En outre, les forêts qui non seulement constituent la matière première médicinale, mais aussi rentre dans la préparation des repas patrimoniaux, constituant ainsi de véritables alicaments. 

Dans le second point, le Président de l´ARAM est revenu sur la définition de la médecine traditionnelle selon l´OMS.  Aussi, a-t-il poursuivi ses propos en disant que de nombreux collecteurs d´informations viennent s´abreuver, mieux exploiter les médecins traditionnels sous le mot d’ordre de « collaboration » ou coopération, pourtant ils recherchent leurs recettes traditionnelles.

Or, selon monsieur KANAA dans le troisième point saillant de sa présentation, « «Il faut le dire sans toutefois extrapoler que la pratique de la thérapeutique traditionnelle aujourd´hui, revêt un intérêt particulier qui doit faire face a cette conjoncture idéologique qui participe à détériorer le noyau dur des stratégies de conservation des us et coutumes revêtant pourtant le caractère propre des personnages qui détiennent encore de nos jours la matière vivante culturelle médicinale traditionnelle ». 

Il est revenu sur l’objectif général et les objectifs spécifiques de son association ARAM. Avant de terminer sa présentation, il a reconnu qu´il y a des brebis galeuses qui ternissent l´image des médecins traditionnels juste pour se faire de l´argent à travers la composition des drogues susceptibles d´être dangereuses des populations en quête de santé. Il s´agissait là d´´une sorte d´appel à la prise de conscience et à la responsabilité des tradipraticiens quant aux soins à administrer aux populations.

DEUXIEME SERIE DES ECHANGES

  • Une deuxième série de questions – réponses a suivi les deux dernières présentations.
  • Puisque les statues et statuettes ont une fonction, quels conseils pouvez-vous nous donner avant l´achat des objets d´art ?
  • Est-ce que le MINAC a pris des dispositions pour mettre toutes ces traditions de façon écrite pour que ces traditions perdurent ?
  • Comment professionnaliser un domaine comme l´art qui, très souvent, est relégué au second rang ?
  • Pourquoi les médecins traditionnels ne laissent pas les populations continuer leurs soins dans les hôpitaux de référence lorsqu´il est encore temps car nous les professionnels de la santé, avons remarqués que très souvent, les patients se rendent dans les formations sanitaires lorsque la maladie est déjà bien avancée. il en ait de même concernant les fractures ouvertes et des blessures que les tradipraticiens massent á l’eau chaude pourtant, cela est interdit ?

Les réponses apportées aux questions suscitées sont les suivantes :

  • Des équipes de recherche ont menées des missions d’enquêtes au cours des années 1930 de Dakar à Djibouti. Les résultats de leurs enquêtes ont prouvé que la circulation des œuvres d´art d´Afrique en Occident est une œuvre florissante. Ces objets d´art africain ont été volés, vendus ou troqués se retrouvent aujourd´hui dans les musées et dans les domiciles de certains particuliers en Occident. Parmi eux, certains sont des objets sacrés et sacralisés qui existent et qui agissent. Tel est le cas de « AFRO-AKOM », objet d’art volé dans le village Akom au Nord-Ouest Cameroun qui s’est retrouvé en Occident. Parce qu’il était sacralisé, il a été ramené au Cameroun. Ce n’est qu’un exemple parmi tant d’autres.
  • En effet, beaucoup de détenteurs des savoirs immatériels disparaissent avec leurs savoirs en Afrique et en Amérique Latine. C’est pourquoi le MINAC a trouvé une stratégie pour que les traditions perdurent au Cameroun à travers la Loi 2013 qui organise les inventaires sur le patrimoine culturel.
  • L´hégémonie est cyclique. La médecine traditionnelle disparait parce que les forêts disparaissent à cause de la déforestation, Il est plus qu’urgent de préserver nos forêts.
  • Il est démontré que le médicament est moins efficace et nos produits traditionnels plus efficaces. C’est la raison pour laquelle au Cameroun, l´Etat organise souvent des séminaires de formation des tradipraticiens de santé pour conserver leurs produits.
  • Il suffit de se former, de rendre les métiers d’art et de l’artisanat professionnels afin de se faire de l’argent. Le Nigéria, le Burkina-Faso et la Chine en sont des exemples patents que nous devons imiter pour se faire énormément d’argent.
  • L’hégémonie est cyclique. La médecine traditionnelle disparait parce que les forêts disparaissent à cause de la déforestation, Il est plus qu’urgent de préserver nos forêts.
  • Dans la médecine traditionnelle, on ne masse pas les fractures et les blessures a l’eau chaude, on appose plutôt le médicament sur la peau de l’endroit fracturé, juste quelques jours afin de permettre á l’os cassé de reprendre sa forme initiale et de se reconstituer.

Monsieur ABANDA MAYE Armand, Représentant du Ministre des Arts et de la Culture et Mme  TCHONANG NZIEMI D´Ortance Téclair, présidente de HUMAN DIGNITY ont accordé quelques minutes d’interviews à la CRTV comme suit :

  • Journaliste : Dans le cadre de cette conférence internationale, est-ce que vous acceptez que nos pharmaciens intègrent la pharmacopée traditionnelle 
  • Représentant du Ministre des Arts et de la Culture : Cette entrée devrait naturellement intégrer les normes de la pharmacie. Le respect des protocoles doit intégrer les deux types de pharmacies á la fois conventionnelle et traditionnelle pour le bien des populations.
  • Journaliste : Qu´est-ce qui a suscité l’organisation de cette conférence internationale et pourquoi avoir axé les débats sur les savoirs endogènes ?
  • Présidente de HUMAN DIGNITY : HUMAN DIGNITY fait des dons fait des dons. Nous avons déjà fait des dons au Centre Médical d´Arrondissement d´Étoa et a la Prison Centrale de Yaoundé avec notre association partenaire ARAM.

Au terme de cette première édition de la Conférence internationale organisée par l´association Human Dignity avec la participation de l´ARAM sous le thème : « Savoirs endogènes, Humanité et doctrines contemporaines », tenue le 27 juin 2024, les présentations et les échanges ô combien édifiants ont permis de faire un état des lieux des savoirs endogènes, mais aussi de réfléchir sur l´importance et la sauvegarde des savoirs endogènes pour le bien de l´humanité, 

Ainsi, au total, quatre présentations ont retenu l’attention des participants. Ces derniers ont non seulement posé des questions, mais aussi partagé leurs expériences avec l’assistance.

A la suite des exposés et échanges fructueux, quelques grandes recommandations ont été retenues comme suit :

  • Promouvoir les savoirs endogènes ;
  • Placer l´être humain au centre de toutes les préoccupations á travers des gestes de cœur ou l´aide humanitaire, afin de combler les écarts entre les riches et les marginalisés ;
  • Transformer les ressources culturelles en richesses économiques qui passent au préalable par la formation et la professionnalisation ;
  • Sensibiliser davantage les populations à l´usage des us et coutumes ;
  • Organiser davantage des communications afin de mieux distiller la connaissance sur le patrimoine culturel, les savoirs endogènes, en vue du changement des comportements ;
  • Enseigner à plusieurs niveaux les savoirs endogènes en l´occurrence les thérapies locales et l´alimentation patrimoniale entre autres.

Il est évident que les deux formes de médecine conventionnelle et celle traditionnelle sont condamnées à être ensemble dans la mesure où les deux concourent à la santé et au bien-être des populations. Toutefois, que deviendra la postérité si nos savoirs endogènes ne sont pas préservés et valorisés pour le bien de tous et de chacun ?